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    AbdesSalaam Attar
    Amministratore del forum

    La première fois que j’ai senti l’ambre gris, l’odeur d’excrément m’a paru si forte, si nauséabonde, que j’ai vraiment songé à délaisser ce parfum. Evidemment, dès le surlendemain, je n’ai pu m’empêcher d’y revenir, me raisonnant en songeant que « le fameux ambre gris » ne devait tout de même pas se résumer à cette pestilence.

    A nouveau, j’ai été saisi de prime abord par l’odeur fécale, mais, cette fois-ci, étant psychologiquement préparé, je l’ai en quelque sorte assimilée, et j’ai réussi à passer outre. Du reste, très rapidement, se dégage une douce et tendre odeur de cuir, fine, délicate, sensuelle, associée à des notes de mer, plus acides, pouvant évoquer l’algue, la mousse accrochée aux roches marines, qui apportent au parfum une touche organique très typée, très particulière.

    En note de fond, le parfum s’estompe assez rapidement, pour laisser sur la peau une senteur « incorporée », très assimilée au derme. Tout comme le musk, le parfum donne la sensation de retourner à la peau, de se résorber dans le corps. On se dit alors que cette odeur, si répugnante au départ, ne nous est finalement pas étrangère. Après tout, l’être humain ne fabrique-t-il pas lui-même ses propres excréments ? N’en est-il pas moins pour autant un être à part entière ? C’est la nature même de la vie. C’est avec humanité qu’il faut apprendre à sentir l’ambre : nous sommes en présence de « quelqu’un », pas de « quelque chose ». La mère qui lange son enfant ne fait aucun cas de l’odeur de ses selles : elle passe outre, elle aime un être, elle ne s’arrête pas à une odeur.

    Si l’on ne perçoit pas vraiment l’origine animale du parfum (on voit tout de même qu’il ne s’agit pas d’une plante, d’une fleur ou d’un arbre), on sent que c’est une matière organique vivante extraite d’un microcosme naturel. Là où l’ambre gris est vraiment fascinant, et peut-être unique, c’est que ses notes marines interpellent étonnamment la « mémoire génétique » : cette fragrance étrange, quasi « pré-historique », fait émerger de l’« inconscient olfactif » comme la réminiscence du milieu aquatique (placentaire) dans lequel l’être baigne, dès sa conception, lors de sa gestation de fœtus, avant de naître dans sa forme d’être humain. Il y a dans cette curieuse expérience « hormonale » une bien singulière impression de remonter ontologiquement le temps.

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