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Ottobre 29, 2007 alle 12:06 pm #49910AbdesSalaam AttarAmministratore del forum
(solution alcoolisée en spray)
D’instinct, j’avais délibérément mis de côté l’hyraceum : après avoir senti le musc, l’ambre gris, la civette et le castoreum, je n’allais tout de même pas mettre mon nez dans cette espèce de gros rat sauvage, presque immonde à la vue, sentant l’urine et portant un nom préhistorique qui fait peur: il y a des limites à tout. Mais n’est-ce pas là la force des préjugés d’être d’autant plus virulents qu’ils sont infondés ? Et puis, Dominique Dubrana a eu la prescience de m’en faire parvenir un échantillon. Devant le fait accompli, je me suis souvenu d’Edmond Roudnitska (grand monsieur que je respecte, dont les écrits démontrent qu’il fut un être d’exception) qui disait que la première fois que l’on sent une odeur est l’étape cruciale du parfumeur: un moment unique, une expérience irremplaçable, qui ne se répètera plus jamais. J’acceptais donc de faire le cobaye.
La note de tête, au départ assez acide, puissante, prend de suite une allure plus herbacée, sentant la paille, une odeur typique et tenace d’étable, de peau de bête tannée. Très vite s’installe la conviction de respirer la toison d’une bête, au point de pouvoir caresser la fourrure de sa main. Cette impression prodigue une sensation d’insondable tendresse, donnant le sentiment d’être comme blotti contre le flanc d’une bête (à l’instar de Romus et Romulus, enfants, allaités par la louve). On pense aussi au nid douillet de la crèche, entre l’âne et la vache, de l’enfant Jésus. Ces évocations remémorent le rapport ancestral, archaïque, à l’animal, à l’époque où l’homme vivait en promiscuité, mais également en complicité avec la bête: chacun, alors, avait besoin de l’autre. On se serrait, l’hiver, pour se réchauffer. Chaude, enveloppante, rassurante, cette attendrissante odeur animale donne une indicible conviction de protection, d’intimité, de quiétude, et, pour tout dire, de providence. L’ambiance est si recueillie, si maternelle, qu’elle est émouvante, bouleversante. A ma grande surprise, elle est parvenue chez moi à dissoudre tous les nœuds : j’en ai pleuré à chaudes larmes. Jamais je n’ai eu une telle sensation physique de retrouvailles. En prenant du recul, je me suis rendu compte que l’hyraceum est un parfum adamique, procurant l’odeur de l’intimité principielle (el-Ouns), donnant la sensation physique de la rencontre divine (el-Ouaçl) transposée sur le plan olfactif. Un grand, un très grand moment. L’expérience la plus forte que j’ai connue depuis ces six mois à partir desquels j’ai débuté ce voyage olfactif. Un souvenir intense qui ne me quittera plus.
La note de fond, quant à elle, rappelle, en plus puissant, en plus rustique, l’odeur si mystérieusement hormonale du musc. Du reste, le musc lui-même sent cette odeur de proximité animale, mais sa complexion, plus élaborée, plus fine, moins primitive, oblitère un peu plus cet aspect. Comparé à la civette, l’hyraceum pourrait être considéré comme un parfum moins subtil, moins fin, mais je trouve personnellement que c’est la senteur animale qui se rapproche le plus du musc. Une vraie découverte, une grande surprise.
Je trouve l’association de l’hyraceum et de la rose très naturelle, la rose se lovant avec aisance et spontanéité dans la fourrure chaude et feutrée de l’hyraceum, celui-ci se faisant remarquablement neutre et cristallin dans cette étreinte, ce qui donne un parfum animal très fin, exquisement doux, mâle et calme, exhalant une sorte de silence très pacifiant, constituant, pour moi, un point d’équilibre presque parfait. -
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